Évaluation de requin

J’aime bien les émissions de style Shark Tank (NBC), Dragon’s Den (CBC) et Dans l’œil du dragon de Radio-Canada. Je les écoute assez régulièrement. Par contre, je dois mettre un bémol sur leurs évaluations d’entreprises. Ils négocient sur la base d’évaluations post-transactions, sans faire de distinction sur l’évaluation pré-transaction. Cette pratique favorise l’investisseur et est injuste pour les résultats obtenus par les entrepreneurs.

Si vous devez négocier la vente en tout ou en partie de votre entreprise vous auriez avantage à prendre connaissance de ce qui suit et à vous éloigner des évaluations pour lesquels Kevin O’Leary (Shark Tank) aime tant déchirer sa chemise et crier à  « l’assassinat de ses dollars » si précieusement gagnés en pourfendant les entrepreneurs qui ont «le discernement embrouillé par les nuages de l’avarice».

La méthode d’évaluation post-transaction est simple. On divise le montant de l’investissement par le pourcentage d’actions obtenues. Ceci détermine la valeur de l’entreprise une fois l’investissement réalisé. Pour obtenir le ratio valeur-bénéfice, on divise la valeur de l’entreprise par les bénéfices passés. La réponse est par exemple : 5 fois les bénéfices. Ce type d’évaluation cause problème.

Pour illustrer mon propos imaginons ces deux entreprises à la recherche d’investisseurs :

Entreprise A Entreprise B
Montant demandé 100 000 $ 400 000 $
Pourcentage de participation 10 % 40 %
Évaluation post-transaction
par l'investisseur
(investissement / pourcentage)
1 000 000 $ 1 000 000 $
Bénéfices après impôts 200 000 $ 200 000 $
Ratio cours-bénéfices 5 fois les bénéfices 5 fois les bénéfices

Est-ce une évaluation juste? Pour les fins de l’exemple, faisons l’hypothèse que les autres éléments qui peuvent influencer la décision du placement sont tous égaux ou équivalents.

Pour qui a les moyens d’investir 400 000 $, l’entreprise B représente un meilleur placement car pour une même valeur, l’encaisse de 400 000 $ en fait une entreprise beaucoup moins risquée que l’entreprise A.  Le fait que le ratio cours-bénéfices post-transaction ne tienne pas compte de ce fait démontre que ce ratio est trompeur.

 

UNE APPROCHE PLUS JUSTE POUR LES ENTREPRISES EN RECHERCHE D'INVESTISSEMENTS

Voici comment les entreprises A et B devraient, selon moi, être évaluées :

Entreprise A Entreprise B
Montant demandé 100 000 $ 400 000 $
Pourcentage de participation 10 % 40 %
Évaluation post-transaction
par l'investisseur
(investissement / pourcentage)
1 000 000 $ 1 000 000 $
Valeur pré-transaction
(Évaluation post-transaction moins
le montant de l'investissement)
900 000 $ 600 000 $
Bénéfices après impôts 200 000 $ 200 000 $
Ratio cours-bénéfices (pré-transaction) 4,5 fois 3 fois
Ratio cours-bénéfices (post-transaction) 10 fois 10 fois

Dans les représentations faites au cours des émissions, l’évaluation post-transaction est indifférente au montant d’encaisse généré par le placement. C’est comme si le montant de l’investissement avait été déjà dépensé inutilement.  Or, soyez bien assuré qu’un investisseur ne laissera pas son investissement être dépensé de façon frivole.

L’évaluation d’une entreprise est fortement influencée par son industrie. Il est donc impossible de dire si les évaluations reflètent le marché. Par contre, l’entreprise A avec un ratio valeur / bénéfice pré-transaction de 4.5 fois les bénéfices est plus dispendieuse en terme d’évaluation que l’entreprise B.

Le ratio cours-bénéfices post-transaction est trompeur. Il ne tient pas compte des bénéfices que les nouveaux investissements vont contribuer à générer. La valeur de l’entreprise est diminuée parce que les bénéfices nets générés sont divisés par un montant plus élevé que les capitaux qui ont été véritablement utilisés pour les générer.

Un investisseur averti devrait choisir, dans les limites décrites par l’exemple, d’investir dans l’entreprise B plutôt que l’entreprise A. Ceci démontre que l’évaluation post-transaction est inefficace à mesurer la valeur réelle d’un investissement. Il ne peut servir qu’à déterminer le pourcentage détenu par chacun des propriétaires une fois l’investissement réalisé.  

Un investisseur injectera des fonds dans une entreprise uniquement s’il est convaincu que son investissement produira du rendement additionnel. Il est donc primordial que l’investissement permette à l’entreprise de se développer plus rapidement, de trouver de nouveaux marchés, de nouveaux clients et d’atteindre une plus grande rentabilité.  

L’évaluation proposée dans l’émission avantage les investisseurs. Si vous êtes un propriétaire à la recherche d’un investissement, vous devez convaincre votre investisseur que vous irez chercher des bénéfices additionnels avec son investissement. C’est là-dessus que le débat doit porter. Après tout, vous n’invitez pas l’investisseur à venir partager ce qui existe déjà, vous l’invitez à créer de la valeur additionnelle dans l’entreprise. L’évaluation doit être conséquente.

Si vous croisez Kevin O’Leary pour un investissement et qu’il vous sert un ratio valeur / bénéfice post-transaction, parlez-lui d’une évaluation pré-transaction. Il ne vous le dira probablement pas, mais il vous respectera certainement un peu plus.

Pour toute question concernant l’évaluation de votre entreprise n’hésitez pas à nous contacter : GALION FINANCE