Une erreur fréquente en transaction d'entreprise

L'erreur la plus fréquente en transactions d'entreprises est liée à l'évaluation. Voici un exemple tiré d'un fait vécu. Les noms ont été changés.

Josée et son conjoint Pierre vivent beaucoup de problèmes depuis qu'ils ont acheté une entreprise. Leur situation financière est stressante. À la maison, l'atmosphère est insupportable. Depuis 24 mois, Josée et Pierre investissent toutes leurs économies dans le projet.

LA TRANSACTION

Le couple a acheté les actions de l'entreprise pour 1.8 million $ avec 250 000$ de mise de fonds et une balance de vente de 250 000$. L'entreprise n'avait aucune dette avant la transaction. Les actifs de l'entreprise qui comprennent un bâtiment ont une valeur marchande (théorique) de 2 millions de dollars. Ils garantissent un prêt, contracté par l'acheteur, de 1.3 million $. Le prêt est aussi garanti par des cautionnements personnels totalisant 1.5 million $. Au moment de réaliser la transaction, l'entreprise générait 105 000$ de bénéfice net, excluant le salaire de 80 000$ versé au propriétaire.

Le couple avait accumulé des actifs personnels d'environ 650 000$ en grande partie par un héritage. Les actifs personnels sont principalement composés d'une maison et d'un chalet.

Josée et Pierre étaient convaincus de faire une bonne affaire en achetant des actifs, équipements et bâtiment évalués à 2 millions $ pour une somme de 1.8 million $.

 

JOSÉE ET PIERRE ONT OUBLIÉ LE PRINCIPE FONDAMENTAL DES TRANSACTIONS D'ENTREPRISES:

Lorsqu'on achète une entreprise, on achète sa capacité future à générer des profits.

Bien que la valeur marchande des actifs de 2 millions $ doit être prise en compte, ce sont surtout les bénéfices de 105 000$ qui doivent nous préoccuper. Les bénéfices ne permettent pas de rembourser la dette. 

Dans ce dossier, le financier n'a pris aucun risque. Dans le cas où la situation dégénère, les actifs sous garantie lui permettront de récupérer environ 50% de la valeur marchande soit 1 000 000$. Le 300 000$ additionnel (prêt total : 1 300 000 - 1 000 000) sera couvert par les biens personnels des propriétaires.

L'entreprise achetée ne générait pas suffisamment de profit pour justifier la détention d'autant d'actifs. Trop souvent, la détention de l'équipement est nécessaire pour la continuité des opérations mais le volume de bénéfices générés ne justifie pas l'investissement. Les équipements détenus depuis un certain temps font en sorte que les amortissements sont peu coûteux. Les dettes étant remboursées, les coûts sont réduits à un minimum. Ceci permettait au vendeur d'obtenir une rentabilité qu'il n'est plus possible à l'acheteur de reproduire.

Josée et Pierre se sont sortis d'affaire en modifiant leur rythme de vie, en vendant certains actifs de l'entreprise et le chalet. Josée a tiré la sonnette d'alarme à temps.

Derrière chaque transaction difficile ou opportunité ratée réside un problème d'évaluation des bénéfices futurs. Ce n'est pas une science exacte et ce n'est qu'un des nombreux défis des transactions réussies. Au moment d'écrire ces lignes, la capitalisation boursière du CN est de 60.8 milliards de dollars. Si nous devions reconstruire le réseau ferroviaire à partir de zéro, cela coûterait probablement beaucoup plus cher.

À chaque année des exemples de transactions viennent nous rappeler que nous devons aborder l'évaluation d'entreprise avec beaucoup d'humilité. Selon les chiffres avancés par les médias, lors de la vente du Cirque du Soleil, Guy Laliberté aurait touché 1.5 milliard de dollars. Qui aurait osé prédire qu'une troupe d'amuseurs publics de Baie St-Paul vaudrait un jour 1.5 milliard de dollars? Bravo Monsieur Laliberté!

 

Patrick Déry pour Galion Finance