Le futur de l’industrie manufacturière Québécoise et Canadienne passe par des acquisitions à l’étranger

Ceux qui suivent l’évolution de l’industrie manufacturière ont constaté que les derniers 30 ans ont été passablement difficiles pour les industriels québécois et canadiens. Les nouvelles entourant Bombardier ne laissent pas présager une grande embellie à court terme.

Une récente étude du Boston Consulting Group (voir le lien en fin d'article) annonce une petite révolution dans le monde manufacturier pour les prochaines années. Initié en Allemagne, le « Industry 4.0 » repose sur les technologies de l’information intégrées tout au long de la chaîne de production jusqu’à la consommation du produit. Selon les auteurs, cette révolution repose sur neuf piliers technologiques :

  • Big Data et Analytics : la conversion d’un grand nombre de données en informations utiles;

  • La robotisation;

  • La simulation : par exemple, introduire virtuellement un nouvel équipement dans un «lay-out» industriel pour en mesurer l’impact;

  • Intégration verticale et horizontale : plus particulièrement au niveau des systèmes d’informations;

  • Internet des objets industriels : par exemple : suivi en temps réel du déplacement de chacune des composantes entrant dans la fabrication d’un produit;

  • Cybersécurité : un enjeu dans ce type de système;

  • Nuage : pour améliorer la connectivité entre les organisations, les sites de production et les personnes;

  • Fabrication à valeur ajoutée : utilisation des méthodes de pointe afin d’améliorer les caractéristiques d’un produit;

  • Réalité augmentée : par exemple, des instructions claires, en fonction des pièces d’équipements à traiter, sont rendues disponibles sur un écran pour des travailleurs qui accomplissent des tâches non-répétitives. Cet outil serait particulièrement pratique pour réparer les rejets de productions.

LA BONNE ET LA MAUVAISE NOUVELLE

La bonne nouvelle pour l’économie québécoise et canadienne est que dans le contexte de cette petite révolution, la différence de coût des salaires avec les pays du BRIC deviendra de moins en moins un enjeu.

Par contre, la mauvaise nouvelle, c’est que le coût des investissements requis deviendra de plus en plus grand, autant pour les manufacturiers que pour les sous-traitants et fournisseurs.

Nous comprenons que plus les unités produites sont nombreuses, plus le coût de l’investissement par unité est bas. Le Québec et le Canada ayant de très petits marchés, c’est la compétitivité des industriels qui est en jeu. Il ne reste que très peu d’alternatives aux fabricants.
 

DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS EXTÉRIEURS

Nos industriels devront trouver une façon d’assurer leur présence à l’étranger, sinon ils sont destinés à se faire avaler par des groupes plus importants. Le « maître chez nous » de Jean Lesage, celui qui a vu l’essor des industries québécoises, n’est plus une option viable économiquement. Il faut déborder nos frontières.

Plusieurs militent pour obtenir une forme de crédit d’impôt à l’exportation, sur un modèle semblable aux crédits à la recherche et au développement. Outre le fait que cela contrevient à la plupart des traités de libre-échange (à tout le moins en esprit), cela ne règlera d’aucune façon le défi des industriels. Il ne suffit plus d’avoir un agent commercial sur un continent et d’espérer obtenir des commandes par Internet. Il est maintenant nécessaire d’assurer une présence physique réelle dans un marché, pour bien représenter l’entreprise.

Le déploiement d’une force de vente et le développement des réseaux de contacts est un processus qui peut être long et coûteux. Une fois encore, à cause de leur plus petite taille, les industriels québécois et canadiens n’auront pas le temps de financer à même leurs fonds auto-générés ce type de développement de marchés externes. Cette course, contre des joueurs qui ont des moyens beaucoup plus importants, est perdue d’avance.

À mon sens, pour se tailler des avantages stratégiques, les acquisitions extérieures représentent la tactique que devront privilégier les industriels québécois et canadiens.
 

MISER SUR NOS FORCES

Particulièrement dans les marchés financiers, on entend souvent dire au sujet des acquisitions à l’étranger: « Nous ne ferons pas de petites acquisitions ». Pour rentabiliser une acquisition à distance, cela exige une certaine taille, car les coûts sont importants. Par contre, nous devons éviter de suivre des modèles qui ne nous conviennent pas.

Nous devons passer outre le fait que les fonds américains ne font pas de petites transactions et surtout éviter de tenter de leur ressembler. Créons notre propre modèle. On le sait, les grands investisseurs regardent des transactions qui exigent des montants plus élevés que nos investisseurs locaux.

Les industriels de chez nous, appuyés par nos fonds de capitaux, pourront probablement mieux tirer leur épingle du jeu, en arrivant plus vite sur le marché et en ciblant des acquisitions auprès d’entreprises de plus petite taille. À défaut d’être gros, soyons agiles!

Nous avons l’expertise financière requise pour réaliser ce type d’opérations. À terme, les retombées économiques seront positives.

Patrick Déry CPA CMA   :    CRÉER DE LA VALEUR POUR L'ACTIONNAIRE DE PME

Sur le même sujet, je vous invite à consulter les liens suivants :